Dimanche 21 janvier au matin.
Une poignée de “Militants de l’Information pour la Protection Animale” (accrédités par l’association La Nation des Animaux) et une bénévole de la Société de Défense des Animaux de Nice (association invitée), débarquent, pieds de tables et cartons en mains, sur le trottoir du Parvis de l’Europe. La longue allée qui sépare les deux hôtels aboutit au Palais des Expositions où se tient un Salon d’exposition et de vente de chiots. Afin de respecter, à la lettre, l’autorisation d’occupation de l’espace public accordée par la Mairie, le stand est installé au bord d’une plaque gravée sous nos pieds. Sur la plaque est inscrit : Parvis de l’Europe.

Acte 1 : 10H15 Installation

Le stand est prêt. “Regardez la réalité en face”... sur les affichettes, le calvaire des chiens et des chat abandonnés : “seul derrière des barreaux  à attendre...” et/ou “la mort par injection” pour libérer de la place dans les fourrières et les refuges. Des tracts de l’association “One Voice” s’étalent sur une table : adoption, stérilisation, dénonciation des coulisses de la marchandisation des chiens, des chats et des animaux sauvages captifs. Sur l’autre table : plans d’accès du refuge de la Conca, photos de chiens et chats à adopter et quelques paquets d’autocollants, passés d’âge, de la SDA. Une documentation conçue pour enfants est également présentée.
Le message est clair : un animal n’est pas une marchandise jetable, échangeable et maltraitable. Capable d’émotions, d’attachement et de souffrances, l’animal doit être respecté dans ses besoins biologiques et physiologiques. L’achat ou l’adoption coup de cœur est à bannir.

Acte 2 : 10h30 Tentatives d’Intimidation

Cinq mines patibulaires déboulent sur notre stand. “Qui vous êtes ?”, interroge sèchement l’un d’eux sans dire bonjour. L’explication de l’objet de notre action ne se fait pas attendre. Riposte immédiate : “Ah mais vous n’avez rien à faire ici, c’est privé voyez-vous”. Notre autorisation signée par la mairie prouve pourtant le contraire. A l’unisson avec de ses “sbires”, il insiste. Qu’importe.

Quelques coups de talkie-walkie plus tard, flanqué d’une hautaine et agressive collaboratrice, le directeur du salon se joint à la mascarade. Les tentatives d’intimidation fusent pour nous faire partir. Rien n’y fait. Agacés, ils font appel à deux agents de la police municipale justement déjà là. L’emplacement de notre stand est on ne peut plus en règle avec l’autorisation de la Mairie. La police part. Frustrés, les organisateurs du Salon (SCO -Société centrale d’Organisation- spécialisé dans l’organisation de salons d’exposition et de vente d’animaux) renouvellent, à nouveau sans succès, leurs tentatives pour nous déloger. Leur tactique d’intimidation se fait pressante. “L’organisatrice” du stand reste ferme : “Maintenant ça suffit ! On a une autorisation de la mairie qui vient d’être positivement contrôlée par la police devant vous, donc rien, absolument rien ne justifie que l’on exécute vos ordres et que vous continuiez à nous harceler”. L’argumentaire de la collaboratrice arrogante ne se fait pas attendre : “Vous n’êtes vraiment pas crédibles avec vos tables toutes pourries au milieu du passage”. De son côté, le directeur tente de s’improviser apprenti espion en essayant de faire récupérer l’autorisation par ses hommes de mains, la sécurité. L’autorisation dans la poche, l’“organisatrice” campe sur ses positions : “On a pas à exécuter les ordres d’une société privée qui n’a aucun droit de regard sur l’occupation de l’espace public.” Rien y fait. Ils ne veulent pas nous lâcher.

Nouvelle tactique des doux organisateurs du Salon du Chiot : diviser pour mieux nous dégager ! Le tapis rouge peut nous être déployé. “Venez à l’intérieur, au chaud, on vous laisse librement une place pour installer votre stand sur de belles tables avec de beaux tissus pour les recouvrir”. Blanche Neige et les Sept Nains on connaît. La pomme empoisonnée on veut pas la croquer. Plus influençable, la bénévole de la SDA se laisse impressionner et tente de convaincre ses compagnons de stand. La zizanie s’installe. Une mise au point s’impose, en retrait pour discrétion : “Si tu veux partir ou les suivre, tu es complètement libre puisque notre action est bénévole et que vous n’êtes pas les organisateurs du stand. Ne te laisse pas impressionner. Tu l’as bien vu, on est dans notre droit”. Dépités par notre résistance, la bande de “cravates noires” s’en retourne dans son salon. Il est déjà 11h30.

Les visiteurs un peu plus nombreux viennent à notre rencontre : “c’est bien que vous soyez là !”, “vous avez raisons de sensibiliser les gens à se responsabiliser”... Beaucoup expliquent venir au Salon pour voir des chiots mais pas pour acheter. Certains, fièrement, nous présentent leur compagnon à quatre pattes, adopté dans un refuge. Dégoûtée, une éleveuse passe à côté de nous avec une chienne achetée la veille est déjà rendue. Un éleveur et un accessoiriste pour chiens viennent nous aboyer leur mécontentement : “nous sommes des passionnés qui faisons des kilomètres pour participer à cette manifestation”. Une militante rétorque, “c’est pas parce que vous venez de loin et avez payé votre stand qu’il faut être exempt de toute responsabilité concernant les abandons et les maltraitantes des chiens que vous vendez”.

Acte 3 : 12h30 Le Retour des Envahisseurs

Un pseudo pompier à la botte des organisateurs débarque sur le stand et exige qu’on lui montre l’autorisation pour prendre un soi-disant numéro. Rapidement, car exaspérée par leur manège, “l’organisatrice” du stand tourne les pages de l’autorisation sous le regard fort intéressé du pompier qui veut chercher lui-même. Refus catégorique et retour du sésame dans la poche. Fin du tour de manège. Nouvelles tentatives d’intimidation. Indifférence. Un homme de la sécurité tente sa chance, “vous faites quoi comme métier ? c’est quoi votre nom ?”. Pas convaincant. On lui tourne le dos.

Triomphal, le directeur du Salon resurgit. Leurs nombreux coups de fils ont payé. Ils ont fini par joindre un membre du Conseil d’Administration de la SDA. Non informé de la participation de son association à notre stand, le trésorier de la SDA s’entretient un instant avec sa bénévole par téléphone. Quelques instants plus tard il arrive. Le directeur du Salon jubile. Le grand chef va nous botter les fesses. Le “représentant” de la SDA tente de comprendre le problème face aux organisateurs exécutants à merveilles les diverses stratégies de communication. Dernier espoir pour eux. En aparté, notre nouveau venu est donc mis au parfum de la situation. Non habilité à prendre une décision, le trésorier s’en repart. Sa bénévole décide finalement de rester. Le directeur nous explique alors, très sérieusement, sa vision du monde : “les humains ont besoin des animaux et tant qu’il y aura ce besoin, il faudra en faire le commerce” ! Une militante lui réplique, “des éleveurs vraiment passionnés par leurs animaux les donnent et ne font pas du business avec”. Les organisateurs jettent l’éponge.

Acte 4 : 14h30 Du monde, du monde, du monde...

En début d’après-midi, accompagnée de proches, une bénévole de la SDA et le président du Collectif anti-corrida de Fréjus (CAC83) nous rejoignent sur le stand pour dialoguer avec les visiteurs de plus en plus nombreux sur le Parvis. Les gens apparaissent largement ouverts à notre action d’information et de sensibilisation. Une maman explique à son jeune fils pourquoi il ne faut pas cautionner ce genre de salon. Se présente aussi à nous un homme qui veut adopter un chien et nous demande l’adresse du refuge de la SDA. Un militant lui retire immédiatement le plan d’accès des mains lorsqu’il comprend que l’homme est un chasseur, adepte de la gâchette. Chargé du contrôle sanitaire des élevages, un fonctionnaire du Ministère de l’Agriculture nous rend visite. Il critique notre action et s’auto-satisfait de son travail avant de s’éloigner dans un bougonnement inaudible. Le trésorier de la SDA repasse nous faire un coucou de soutient. Nous arrivons rapidement en rupture de stock pour les plans d’accès au refuge. Une vieille dame semble très motivée pour adopter un chat du refuge présenté en photo. Des personnes déjà sensibilisées au respect animal ce joignent à l’attroupement.

Les lampadaires s’éclairent timidement sur le Parvis de l’Europe. L’horloge de la voie rapide affiche 17h45. Les visiteurs qui sortent du Salon sont plus nombreux et beaucoup tiennent une boule de poils et d’énormes paquets de croquettes dans les bras. Une cinquantaine de chiots ont été achetés au Salon dans la journée.

Deux jours plus tard... Une bénévole de la SDA nous apprend qu’ “il y a déjà une femme qui a acheté un chiot au Salon qui veut s’en débarrasser au plus vite. Elle vit dans un meublé et les animaux y sont interdits. En plus elle veut qu’on lui rembourse son chiot car elle n’arrive pas à contacter l’éleveur qui lui a vendu.”!

A l’heure actuelle, les organisateurs du Salon du Chiot s’en lavent les mains. La SDA c’est pour eux leur service après-vente !

Texte : Delphine et Guillaume
Photos : Guillaume et Karine (SDA)
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